Various – Festival La Ferme Électrique – 04 juillet 2015

Le festival La Ferme Électrique est un agréable échantillon de friandises sonores à seulement 45 minutes de RER du centre de Paris, dans la petite ville de Tournan En Brie qui avant ce jour ne représentait pour nous qu’un nom sur une carte. Les nouvelles lignes de transport nous permettent désormais d’accèder à des coins reculés de l’Ile de France.

Désormais il faudra compter avec ce sympathique festival, qui accueille le public dans une ancienne ferme aménagée en salle de concert, d’où son nom de Ferme Électrique. L’équipe du festival est chaleureuse et s’est mis en quatre pour notre confort.

Nous avons tout d’abord vu le groupe Sophia Bolt qui impressione par sa mise ne place impeccable. Ce groupe fait preuve de professionalisme à défaut d’originalité et de présence. Ce n’est pas assez habité, ça tourne trop bien, il manque quelque chose. Mais néanmoins c’est l’un des meilleurs groupes du festival.

Nous avons eu ensuite le duo Fumo Nero : il s’agit d’un duo électro, machines et voix, qui se présente sur scène en portant des masques pour mettre un peu d’ambiance sur leur set électronique qui nous a laissé froid. C’est une bonne idée de mêler rock et électro sur le papier mais à l’écoute c’est moins évident.

Pui vint le tour de Barberos, formation expérimentale composée de deux synthé et d’un vrai batteur. Ce groupe nous ramène au prog-rock des 70’s. Certes le batteur est excellent et les claviers se débrouillent bien, mais c’est pénible au possible. Par contre le public semble aimer, comme quoi l’électro expérimentale est passée par là et a habitué les gens à des développements sonores plus audacieux que le rock basique.

Changement de style avec le trio Pierre Et Bastien : ces musiciens sans aucun look présentent l’originalité de jouer sans basse, juste deux guitares et une batterie. Malgré cela, ils parviennent à jouer un punk-rock énergique et rassurant pour l’auditeur : dans ce contexte de festival, ils entretiennent la flamme du genre et on leur souhaite bonne route et longue carrière.

Surprise de la programmation, les vétérans de l’électro-punk Charles de Goal faisaient ici une réapparition avec les titres d’un nouvel album à paraitre. Bien sûr ils ont joué leurs anciens morceaux et nous avons pu danser le Kling Klang. C’est la note historique de la journée et si vous vous intéressez au punk, dépéchez-vous d’aller les voir pendant qu’ils sont encore en vie ! Apparement ils se produisent encore sur scène (c’est la deuxième fois que nous les voyons en live). Il n’y a pas à dire, cette musique de la fin des 70’s et du début des 80’s est toujours aussi efficace, et on comprend mieux la nostalgie qui agité les réseaux sociaux.

Pour des raisons d’horaires de transports en communs nous n’avons pu assister au show de Peter Kernell qui pourtant était la raison de notre visite mais nous nous sommes promis d’aller le voir lorsqu’il passera à Paris.

Temples  – Festival Oui FM (Paris) – le 23 juin 2015

Nous sommes allés mardi soir Place de La République, à Paris, à l’occasion du Festival organisé par la radio Oui FM et la Mairie de Paris, pour voir la nouvelle sensation du rock britannique, les Temples. Ils sont parrainés par Noël Gallagher et ce groupe, formé en 2012, continue sur ascension sur les radio FM et dans les Festivals. Nous avions envie de voir ce qu’ils donnent sur une scène.

Ils ont joué les titres de leur album Sun Structures, et leur son est moins psychédélique que les visuels de leurs clips. Certes ils ont un look rétro, bien daté 1967, les cheveux longs et des guitares vintage, mais leur musique, elle, est bien sage. Nous nous attendions à quelque chose de plus ébouriffé et délirant, si l’on se réfère aux courant néo-psychédélique américain. Ils jouent les titres de leur album et ne partent pas en impro comme on pourrait s’y attendre de la part d’émules de syd Barrett. Non, c’est plutôt à Marc Bolan que leurs morceaux nous font penser, notamment le titre phare Keep In The Dark, principalement du fait de la voix de James Edward Bagshaw et de ses mélodies, une voix qui porte tout le groupe. En fait ce qu’ils jouent est très pop, très fin des sixties avec des refrains qui peuvent nous faire penser à Christophe ! Bref, cela frise la variété de cette époque et on ne peut s’empêcher de se demander ce que ça donnerait s’ils chantaient en français.

Mais on aime, et on leur reprochera seulement d’être trop scolaires et de jouer l’album sans en sortir. On s’interroge aussi sur ce revival psyché-pop qui, s’il donne lieu à des disques intéressants et des concerts agréables, semble tout droit tiré des scopitones d’époque aujourd’hui aisément trouvables sur youtube, et donc n’apporte pas grand-chose.

Miami vice – DJ Cam

Le moment est venu de parler d’électro.

Nouvel album du DJ français DJ Cam, pionnier depuis 1994 d’un genre nommé abstact hip-hop, au croisement de l’ambient et des beats syncopés. Il s’était fait remarquer en produisant des albums instrumentaux séduisants et originaux pour l’époque.

Force est de constater qu’aujourd’hui l’électro s’est tellement popularisée que l’effet de surprise ne fonctionne plus. Ses boîtes à rythmes sonnent cheap, nous rappelant la deep house, ses nappes de synthétiseur sonnent convenues. La drum’n’bass et l’ambient ont accroché nos oreilles et les ont habituées à plus d’audace. Il faut attendre le cinquième titre de l’album pour entendre un agréable piano, et c’est les quatre titres rappés les plus convaincants sur cet album. Dommage pour un artiste dont la musique instrumentale nous emportait vers de douces rèveries parmi d’envoutants paysages sonores.

Le titre en ouverture de l’album sonne plat, le disque dans son ensemble ne fait que répéter le brillant passé de l’artiste. On préférera le DJ Kicks paru en 1997 pour une entrée en matière. On n’épiloguera pas sur le sample d’In The Air Tonight de Phil Collins et la mégalomanie du titre, qui ne nous a pas empêché d’écouter l’album du début à la fin, et ce plusieurs fois de suite, comme quoi nous sommes tolérants. Cet album est la B.O. d’une série qui est devenue culte, parait-il, mais il nous parait un peu léger pour une musique de film. Nous sommes loin de ce qu’à pu faire Herbie Hancock avec des synthétiseurs.

Heat – Le Pop Up Du Label (Paris) – 18 mai 2015

Nous avons reçu la plaquette du groupe cannadien Heat et elle ne nous a pas menti en parlant d’influences du New-York des seventies.

Heat, originaire de Montréal, qui est un jeune groupe, est bien influencé par le Velvet Underground et son chanteur Susil Sharma a une voix à la Lou Reed. On pense aussi à Julian Casablancas des Strokes. Ce n’est pas un groupe punk, comme nous le pensions avant d’assister à ce concert, et comme le laissait présager le T-Shirt « Sonic Youth » du batteur Charles Neufeld. Non, c’est tout simplement du rock , basé sur les guitares. Susil Sharma arbore une superbe Rickenbacker comme on en voit rarement et le guitariste et le bassiste ont un look de hipsters, ce qui ne les empêche pas d’assurer à leurs instruments respectifs. Leur musique sonne cependant actuelle même si le parfum seventies est très présent. C’était leur premier passage à Paris, dans une toute petite salle, une cave de bar où d’autres font jouer des groupes français. Le bar s’appellle le label, d’où le nom de la salle. L’endroit est agréable et bien situé, à proximité de la Gare de Lyon pour les usagers des transports en communs, dans une petite rue calme d’un quartier sympa. Nous avons assisté à la première apparition sur notre sol d’un groupe prometteur dont la musique ne manque pas de charmes et qui devrait ravir les rock-critics. Un nom a retenir, donc, et qui devrait supplanter son homonyme suédois qui joue du hard-rock. Nous leur souhaitons une longue et fructueuse carrière et nous sommes enchantés d’avoir fait là une belle découverte.

Burning Heads – La Flèche D’Or (Paris) – 12 mai 2015

Nous nous autorisons de temps en temps une visite dans le monde du hardcore punk histoire de se décrasser les oreilles et de prendre le pouls d’une scène toujours vivante et dynamique. Nous avons déjà vanté les mérites des Burning Heads dans ces colonnes, et leurs passages dans la région sont assez espacés, hélas, pour que nous retournions les voir sans nous répéter. C’est la première fois qu’ils jouaient dans Paris intra-muros, et non en banlieue comme les fois précédentes, et nous nous devons de célébrer cet évènement.

Les Burning Heads sont l’un des groupes punk les plus intéressants de l’hexagone, et leur reprise de Making Plans For Nigel d’Xtc les a fait connaitre au-delà d’un public spécialisé. Certes, ce ne sont pas des nouveaux venus, ils ont des heures de vol, mais cela fait plaisir de voir que de tels groupes franchissent le cap des années et continuent à proposer leur musique au public avec la même énergie et sans nous lasser. Leur tournée qui passait ce soir-là par Paris fait suite à leur nouvel album, qu’ils ont présenté sur scène. Leur set fut plus tourné vers le hardcore que lors du concert à Issy Les Moulineaux l’année précédente , et il entremêle sans que personne ne trouve à y redire morceaux punk classique, hardcore et reggae. Les nouvelles compositions sont de bon niveau, et continuent à mélanger les genres pour notre plus grand plaisir. Le bassiste change d’instrument pour les titres reggae, qu’il joue aux doigts, gardant le médiator pour les autres styles. Ils ont joué leurs standards comme Same Old Song, Police In Helicopter ou Reaction. Le concert a duré deux heures, et nous avons tout juste eu le temps d’attraper un métro pour rentrer, ce qui ne nous arrive pas souvent, les concerts se terminant en général à l’heure. Là, nous n’avons pas vu le temps passer et la salle a été chauffée à blanc par les groupes de première partie, Not Scientists et The Rebel Assholes, qui sont bons, le premier jouant du rock speed et le deuxième du pur hardcore. Cette soirée punk était de bonne qualité et nous retournerons voir ces groupes en concert.

Circa Waves – La Flèche D’Or (Paris) – 21 avril 2015

Nous sommes stupéfaits par la capacité qu’a la Grande Bretagne d’engendrer des groupes de rock de qualité. La relève des Arctic Monkeys est assurée. Voilà un jeune groupe, Circa Waves, qui n’en est qu’à son premier album (Young Chaser), et qui déborde de vitalité, nous entrainant dans leur danse frénétique, avec justement la même frénésie que les Arctic Monkeys dans leurs premières années.

On dirait qu’ils carburent aux amphétamines, pour reprendre un vieux cliché. Ce n’est pourtant qu’un petit groupe à l’échelle de la Grande-Bretagne, et ils satisfont nos oreilles avec un rock mélodique et énergique, une musique de bon aloi, sans faute de goût, sans morceau lent non plus, une musique basée sur les guitares qui jouent en son clair, sans dérive vers le hard rock, juste ce qu’il faut pour nous faire vibrer. Certes, ils manquent encore de maturité et leurs chansons n’ont pas le niveau de celles de Franz Ferdinand et des frères Gallagher, mais des petits groupes comme celui-là on en voudrait tous les jours, et ils dépassent d’une bonne tête leurs homogues français. Leur set a l’évidence pop et la fougue du rock’n’roll.

Nous avons vu un groupe de jeunes (ils se sont formés en 2013) pour un public jeune, comme nous n’espérions plus en voir, dans une petite salle parisienne excentrée (Porte de Bagnolet) qui a été par le passé le théatre de riches effusions musicales, et qui malgré les changements de dirigeants est à la pointe de l’actualité et plus rock que jamais. Nous avons trouvé ce que nous cherchions dans les concerts parisiens et c’est à la Flèche d’Or que nous le devons.Nous allons à l’avenir surveiller cette salle de près. A noter que le groupe de première partie, Sundara Karma, n’est pas dégeu nons plus et ne nous a pas ennuyé, loin de là.

Paul Weller – le Bataclan – 08 avril 2015

Paul Weller est toujours dans la course. Contrairement à des groupes de sa génération, il ne fait pas du passé un fonds de commerce et n’exploite pas la légende du rock.

Sur scène, pas de Best Of, comme dans le cas des Stranglers ou de Stiff Little Fingers. Non, il ne reprend aucun titre de The Jam ou de Style Council. Son répertoire lors de ce concert couvre sa carrière solo, avec des titres d’il y a 15 ans comme Friday Street et Peacock Suit. Pas de nostalgie, Paul Weller continue à avancer et à composer, comme en témoignent les deux chansons extraites de son nouvel album. Pas non plus d’orchestre à cordes (certains pourront trouver cela dommage) comme il a pu le faire à Londres mais un groupe efficace et des instrumentistes brillants, en particulier le guitariste soliste. Ce groupe donne une cohérence à un set plutôt diversifié : Paul Weller change de style à chaque nouvelle chanson et pourtant ça ne part pas dans tous les sens. Le son est résolument rock, même lorsqu’il se risque au reggae sur un titre où lorsqu’il abandonne sa guitare pour passer au piano électrique. On le préfère en tant que guitariste, mais ce n’est pas désagréable et plus pêchu que Style Council. Question chant, il est crédible en chanteur de soul, ce qu’il est devenu depuis le dernier album de The Jam et surtout depuis la reprise du Move On Up de Curtis Mayfield, sorti en single à l’époque.

On est en présence d’un cas particulier du rock british : celui d’un artiste qui est toujours vert malgré le temps qui passe et qui se renouvelle en conservant une énergie étonnante. Pas de temps mort entre les morceaux qui s’enchainent implacablement, juste le temps de changer de guitare et ça part ! Tout est en place, les musiciens sont impeccables et il n’y a pas une erreur en deux heures de concert. Il a du en falloir du travail pour préparer ce show !

On passe durant le set du groove funk 70’s au rock furieux, il n’y a pas de ballade, seulement un titre où Paulo joue de la guitare sèche. Le son est compact, le volume est un poil trop fort, notament sur les morceaux les plus rock où l’on s’approche d’AC/DC dans le son de guitare, et cela ajouté au chant de Weller donne une couleur orangée au répertoire et met en relief le côté charnel de cette musique.

Le public de Paul Weller est un public de connaisseurs, qui après le concert discutaient âprement de ce qu’ils avaient vu et entendu. Même sur les réseaux sociaux les gens commentaient ce show au Bataclan et les avis sont partagés, entre anciens fans de The Jam qui regrettent cette période et inconditionnels du personnage qui acceptent tout sans discuter. Il est clair que l’on a affaire à un grand bonhomme qui mérite le respect pour son itinéraire musical et la qualtité de ses compositions.

Ce n’est pas sans émotion que nous avons suivi ce concert, certain de vivre un moment rare d’un artiste qui est toujours d’actualité.

Deportivo – La Maroquinerie (Paris-Ménilmontant) – 13 mars 2015

Deportivo fêtait ses dix ans d’activité sonore par une tournée française qui se terminait à Paris par ce concert à la Maroquinerie. On peut s’interroger sur le choix de cette petite salle de Ménilmontant pour un grand nom du rock français. Deux ans après l’album Domino il n’y avait pas de promo à faire, mais le groupe a manifestement voulu créer un évènement pour le public, ce soir-là enthousiaste et acquis au groupe dont il connaissait les chansons par cœur. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas constaté une telle ambiance festive lors d’un concert rock à Paris. Les fans du groupe se sont apparement mobilisés pour ne pas rater cette soirée. Le public a même envahi la scène, provoquant une interruption du spectacle (quelqu’un a débranché le guitariste).

Deportivo est une valeur sûre du rock, sa collaboration avec le breton Miossec a établi un pont entre rock et chanson francophone, avec laquelle le groupe nous a réconcilié par ses textes et son chant, comme l’avaient fait avant eux Louise Attaque, et dix ans après ses débuts il se pose comme une évidence d’un calendrier rock qui manque un peu de renouvellement, car on a assisté cette saison à des retours de groupes âgés plus qu’à une effervescence de nouveaux groupes.

On regrettera cependant la ressemblance trop importante entre les différents titres du set de ce soir, qui commençait par 1000 Moi-Même, et aussi le passage à vide de la partie chantée en anglais qui ne rend pas justice à leur talent, manifeste au début et à la fin du concert. Car Déportivo brille par ses compositions que vous avez forcément entendu au cours des années 2000, même si vous écoutiez à l’époque autre chose que du rock, ce qu’on vous pardonne. En effet les chansons du groupe ont largement été diffusées sur les radios FM, qui annonçaient ce concert parisien.

Les quelques spectateurs présents ont pu bénéficier d’un show énergique et chaleureux, dans la bonne humeur, de la part d’artistes que l’on s’attendrait à voir jouer dans une grande salle, qui, nous leur souhaitons, sera plus approprié à leurs futurs passages dans la capitale. En tout cas, si pour eux le succès va et vient, décrivant un parcours en dents de scie ces dix dernières années, ils méritent amplement les grandes audiences. Rappelons qu’en 2014 ils avaient joué à la Cigale. Nous avons eu beaucoup de chance de les voir dans un si petit lieu. Nous pourrons dire : « nous y étions ».

Frànçois & The Atlas Mountains – ECLA – 24 janvier 2015

Nous avons été déconcertés et agréablement surpris par leur album « Piano Ombre » et nous avons eu envie d’en savoir plus en allant les voir en live. Nous avons pu nous rendre compte de ce que ce groupe, car c’est un groupe, donne sur scène.

Comme chaque année, L’ECLA, MJC de St-Cloud, participe au festival Träce de l’association Réseau 92, festival dispersé sur les salles du département des Hauts De Seine. La salle est petite (environ 300 places) mais agréable et la scène est grande et pas trop haute. Ce lieu est facilement accessible en transports en commun, alors n’hésitez plus à aller en banlieue.

Sur cette scène se produisaient ce soir-là Frànçois & the Atlas Mountains pour la dernière date de leur tournée, et ils nous ont présenté un avant-goût de leur prochain EP, qu’ils viennent d’enregistrer. Nous allons faire un bilan de cette soirée, qui comporte du positif et du négatif. Les points positifs sont que le chant du leader François est musical, bien que peu naturel et sonne inhabituel à nos oreilles. Il utilise sa voix comme un instrument et le résultat est agréable. C’est assez radical par rapport à ce que nous connaissons de la chanson française, et cela ne sonne jamais variété. Frànçois & The Atlas Mountains est bien un groupe pop qui s’exprime en français. Autre point fort : le groupe défriche de nouveaux territoires et s’ouvre à de multiples influences.

Le négatif, c’est que le set est plutôt hétéroclite, passant de chansons courtes et évidentes comme  La Vérité à des plages instrumentales souvent longues. L’influence des musiques africaines est plus flagrante que sur disque où elle se fait discrète. Là sont présents deux instruments traditionnels, le balafon et la kora, joués par deux musiciens originaires du Burkina Faso. Hélas les bonnes intentions, si elles sont louables, tournent court et cela ressemble à des bœufs interminables. La sauce ne prend pas car la rythmique ne groove pas : le batteur et le bassiste ont un jeu lourd qui ne convient pas aux musiques africaines et qui fait sonner l’ensemble comme de la techno trans (oui, nous avons trainé nos guêtres dans des soirées techno !) ce qui est le summum de la rigidité et de l’absence de swing par ses batteries martiales et binaires au-delà de ce qui se fait en rock.

Bref le show est décevant par rapport à ce que nous avions entendu sur disque et, si on est dans un univers très personnel et original, le spectateur a tendance à s’ennuyer. Une soirée mi-figue, mi-raisin où nous avons souvent eu envie d’aller au bar.

Pigalle – Flip Grater

Pigalle est le nom de l’album, choisi en référence au studio Pigalle, situé à Paris dans le quartier du même nom, où il a été enregistré par une équipe locale. Ce quartier est visité par tous les touristes étrangers et participe de l’image de la capitale. Quand on est Parisien on se demande un peu pour quelle raison, tant il est peu attrayant, mais c’est comme ça.

La chanteuse Néo-Zélandaise Flip Grater, qui doit son pseudonyme au héros du feuilleton Flipper le dauphin, a donc posé ses valises à Paris et elle y a enregistré ce bel album, à la fois acoustique et électrifié, qui prend l’auditeur par surprise. Cette artiste, qui en est à son quatrième opus, gagne avec celui-ci la reconnaissance de la presse et du public : en effet, elle a eu droit à une interview dans le quotidien Libération et à un article dans les Inrocks, et son disque est entré dans les charts US. Il faut dire qu’il y a de quoi : son folk est attachant et sa voix distille une mélancolie douce-amère, dans une atmosphère décrivant ce qu’elle a ressenti lors de ses promenades dans la capitale. C’est donc un carnet d’impressions et de ressenti, une forte charge émotionnelle qu’elle a voulu retranscrire dans ces onze titres.

Il est appréciable de voir ce début de reconnaissance pour une artiste sur laquelle nous avons craqué. Nous ne sommes pas les seuls, ce qui nous rassure, nous qui avons parfois l’impression de lutter dans notre coin pour des musiques de qualité, nous sommes cette fois en phase avec le reste du monde et cela fait du bien au moral.

L’album commence tout en douceur avec The Quit, ballade sur une trame de guitare sèche. Puis on passe à plus d’électricité et de noirceur avec Diggin’ For The Devil, très fort, c’est le titre le plus intense de l’album. Moins sombre, Exit Sign est quand même électrifié. On passe ensuite au kitsch d’Hide and Seek, une valse au piano accompagnée de trompette, amusante sans plus. On revient ensuite à une ballade, Hymns, où les arpèges de guitare sèche sont enrichis de licks de guitare électrique. Même orchestration pour Justin Was A Junkie, une histoire poignante. On enchaine avec My Only Doll, aux accords de guitare électrique, puis on revient à l’acoustique sur les titres qui suivent, Marry Me et The Safety Of The Lights. Sur The Smell Of Strangers on retrouve une batterie et une contrebasse, dont on avait presque oublié l’absence sur le reste de l’album tant il est porté par la voix de Flip Grater. On termine par un duo avec Nicolas Ker, To The Devil, sorte de friandise ou de bonus track, comme on dit en anglais.

Bref cet album est attachant, dépouillé dans ses orchestrations, et la magie opère, même sur des morceaux avec pour seul accompagnement une guitare sèche. On se laisse prendre par l’ambiance et cette voix chaude et envoûtante qui à elle seule rend ce disque captivant.