Don’t forget who you are – Miles Kane

Après avoir vu en concert à Paris, nous nous sommes attentivement penchés sur le cas Miles Kane : ça tombe bien, il a sorti un deuxième album, qui démontre que le rock anglais se porte bien.

Et plutôt bien, même. Le chanteur-guitariste natif de Birkenhead aligne onze titres efficaces et punchy, avec une évidence mélodique (Don’t Forget Who You AreBetter Than That, Darkness In Our Heart) qui pourrait bien, s’il y a une justice dans ce bas monde, en faire une machine à hits.

Depuis l’échec commercial d’XTC, contre toute attente, on s’interroge sur les notions de pop et de succès. Il n’y a qu’à allumer MTV pour s’en rendre compte. Donc, s’il y a une justice, et si nous nous fions à nos oreilles, cet album devrait faire un malheur dans les charts et être programmé sur MTV. C’est fait pour, soyons lucide, il a le même look que Paul Weller, habitué des charts anglais. Il a surtout un héritage dans ses compositions, toute une histoire qui va de John Lennon (Give Up)  à Oasis (Out of Control), le scooter avec lequel il pose ostensiblement est là pour le rappeler. Cet album, enregistré à Londres et à Liverpool, est parainé justement par Paul Weller et Andy Partridge, d’XTC, chacun co-signant deux titres. Il ne verse dans la Brit Pop que sur un morceau, Out Of Control, seule chanson réhaussée de violons.

Les dix autres titres sont bien rock, avec des guitares  qui ne se cachent pas, des refrains que l’on peut chanter, et une cohérence de groupe qui fait oublier qu’il s’agit d’un projet solo. Miles Kane a su recruter un gang, pas de simples accompagnateurs. C’est d’ailleurs avec ces mêmes musiciens que nous l’avons vu en live en juillet dernier, devant l’Hôtel de Ville de Paris, maitrisant la scène aussi bien qu’il maitrise le studio. Le public de ce festival lui a réservé un bon accueil, et souhaitons à cet album tout le succès qu’il mérite.

Silk ( La Soie Sauvage) – Iojik

Après un premier album (« Seconde Nature ») hésitant entre rock et chanson, la chanteuse Iojik opte clairement pour le rock avec son deuxième opus Sil,k – la soie sauvage.

Après un premier album (« Seconde Nature ») hésitant entre rock et chanson, la chanteuse Iojik opte clairement pour le rock avec son deuxième opus « Sil,k – La Soie Sauvage ». On ne peut que se féliciter de ce choix, qui vient confirmer sa démarche d’indépendance entamée dans les années 2000 avec le groupe Simili Skaï  dont elle reprend « Marcher Sur La Lune » dans une version qui ici frise le hard rock, bien éloignée de ce que j’avais entendu dans un bar de Ménilmontant en 2002. Ce nouvel album solo de Iojik évolue dans une ambiance mélancolique et féminine faite de ballades (sil,kElle M’aimeStill You’re WantingTraversons La Voie Lactée et le splendide Ce N’est Qu’un Extérieur) et de titres mid tempo (Sentir, Marcher Sur La Lune).  Il n’y a qu’un morceau au tempo rapide, Les Fées, avec ses réminiscences de The Clash, un rappel de son passé en tant que pianiste du groupe punk Les Cafards. L’ensemble est agréable, le propos est original et poétique, Nous regretterons seulement que la guitare soit parfois bavarde. Iojik chante aussi bien en anglais qu’en français, parfois dans les deux langues,  et cela l’éloigne d’éventuelles tentations chanson française.  Aussi à l’aise sur une ballade que sur un rock furieux, sa voix s’impose au fil de l’album en restant rock et mélodique. On aimerait un plus gros label et plus de moyens à cette chanteuse talentueuse. Nos titres préférés: Ce N’est Qu’Un Extérieur, In a Boat, Elle M’Aime, et le titre qui donne son nom à l’album, La Soie Sauvage.

We Need Medicine – The Fratellis

Echappant de peu à la séparation, le groupe de Glasgow qui avait fracassé les charts avec « Chelsea Dagger » revient avec un nouvel album plus rock’n’roll que jamais.

Trois ans on passé entre le deuxième album « Here We Stand » et le retour sur scène des Fratellis. Trois ans d’errance, le groupe étant abandonné pour des projets solo du leader Jon Fratelli, qui avait même monté un nouveau groupe, Codeine Velvet Club. Et après une nouvelle série de concerts ensemble, les faux-frères des Fratellis se sont retrouvés en studio pendant trois semaines pour accoucher de ce « We Need Medicine » qui porte haut le flambeau du rock et rassure les amateurs d’énergie et d’électricité.  D’entrée de jeu, le décor est posé par le premier titre  Halloween Blues  et le fil conducteur de cet album est une plongée dans les racines du rock, notamment avec We need Medicine, qui donne son nom à l’album,  et  Jeannie Nitro, très 50’s. Le seul titre « moderne » est le troisième She’s Not Gone Yet But She’s Leaving que nous aurions bien vu en single. Le label BMG a préféré sortir en single Seven Nights Seven Days et son riff de guitare à la Duane Eddy. On continue avec Shotgun Shoes, qui évoque les Rolling Stones, et Whisky Saga et sa guitare à la Eddie Cochran.  Puis on passe à un morceau pop très Kinks,  This Is Not The End Of The World, qui voit un solo de bottleneck  guitar. Arrive ensuite Jeannie Nitro et ses harmonies vocales très réussies et son orgue Farfisa. On note un solo de guitare surprenant.

On retrouve le bottleneck sur le blues We Need Medicine, puis on passe à la seule ballade de cet album aux tempo rapides avec Rock’n’Roll Will Break Your Heart, une pure merveille. L’album se termine par  un morceau  aux accents gospel, Until She Saves My Soul.

Les amateurs de guitare électrique seront comblés par ce disque. Jon Fratelli n’est pas un guitar-hero mais il a le niveau pour figurer dans les magazines pour guitaristes, il a un jeu intéressant bien qu’ultra respectueux des racines. Les Fratellis ne sont pas un éphémère phénomène des charts anglais. S’ils tiennent bon, ils sont là pour longtemps. Ils jouent bien, délivrent de bonnes chansons, ont les pieds ancrés dans les classiques du rock, et font preuve d’une énergie communicative. Cela nous convient.

Those Years – Dexist

L’écho favorable rencontré par Savages met en lumière des groupes se définissant comme post-punk. Est-ce là une porte ouverte aux abus ou l’amorce d’une vague ?

Là où Savages réussit son coup, d’autres, moins doués, se ramassent en beauté. Témoin ce groupe Dexist, originaire de Barcelone, revendiquant ouvertement d’être influencé par les années 80 et se définissant sur son site comme groupe post-punk et darkwave.

Eh oui, ce disque nous rappelle plus les artistes gothiques qu’autre chose, et s’adresse à notre avis à un public goth averti plutôt qu’à un public rock. Mais si les parties instrumentales sont intéressantes, le chant caverneux est profondément énervant. Le phrasé du chanteur est aussi poli que celui d’un groupe de punks not dead, si l’on compare avec la période de référence. N’est pas Sisters of Mercy ou Bauhaus qui veut, ces groupes ayant un chanteur hors du commun. Les arpèges de guitare façon Public Image Ltd première période (sur This Night Will Be Great) n’y feront rien. Oh il y a des amateurs pour ce style de musique et cette façon de chanter, nous le savons bien. Mais Dexist ne sort pas du ghetto et ne dépasse pas le périmètre défini. Il atteint son objectif, qui est de sonner comme un vieux groupe de ce qu’on appelait alors la cold wave européenne, c’est clair.

Cette musique n’est pas sans charme, le climat est plaisant, et l’énergie est là, et c’est un autre des points positifs de Dexist. Mais ce disque est trop tribal.

Warum Joe – Le Picolo (ST-Ouen)- 02 novembre 2013

Que reste-t-il des années 80 à part les disques et les archives ? Le temps est cruel, les groupes se sont séparés, les salles ont fermé (Fahrenheit, Arapaho, Locomotive, Elysée Montmartre), il n’y a pas grand-chose de stable. Et pourtant, les irréductibles Barrocks continuent depuis 1984 à organiser des concerts dans des bars et autres lieux improbables. Dans une ambiance conviviale et rock’n’roll, ils se sont spécialisés dans le punk-rock et dans une moindre mesure le garage rock.

Ce samedi 02/11/2013 ils programmaient un autre vétéran français du rock, à savoir le groupe synth-punk Warum Joe, formé en 1981. Il est drôle de revoir ces rockers aujourd’hui avec les cheveux gris, délivrer la même musique qu’il y a 10, 20 ou 30 ans. Leur musique repose sur une formule simple : un riff des Ramones, Damned ou même gun Club (sur » Kurt Beat »), une grosse boite à rythme, un synthé vrombissant et des samples intello, une structure couplet –refrain et l’affaire est emballée en 2 :30. Sur cette trame viennent se poser des textes à l’humour noir, intelligents et qui doivent amener le spectateur à la réflexion. Ce qui était des innovations rarissimes est aujourd’hui totalement accepté, la musique ayant intégré la technologie au-delà des expérimentations des pionniers.

Warum Joe, lui , n’a pas bougé de sa ligne, le concert de ce soir aurait pu avoir lieu à une autre époque. Warum Joe a sorti son dernier album en 2003 et depuis se produit une fois de temps en temps dans des petits lieux de l’undergound punk (la miroiterie en 2001), ce soir le bar le Picolo. La salle est pleine, les fans dansent, tout le monde est content de voir ou de revoir une légende vivante.

Le set commence par Datcha, l’un des morceaux les plus polémique du groupe, et l’un de ses plus anciens, et il faut attendre un quart d’heure pour entendre le magnifique EP « Electrolyse » et les titres de l’album de 1984 Tocarre La Verita comme « Le Camionneur ». Rien du splendide album «La Méthode Du Discours » de 1986 . Nous restons sur notre faim malgré l’efficacité du set.

Quelques problèmes de sono, le groupe n’étant pas à l’aise dans un bar, il lui faut des salles de concert et une balance pour être d’équerre. Mais on oubliera ces imperfections pour retenir une soirée sympa, complètement nostalgique et où on retrouvé le passé tel qu’on l’avait laissé, et une version live de nos archives sonores.

En première partie il y avait Jimi Ben Band, un bon groupe de gare rock aux vocaux décalés, et Flying Over, du punk-rock vintage avec guitare Rickenbacker, on adore !

Follow Me Down – Colo Colo

Colo Colo est un ambitieux duo electro-pop Lyonnais, dont le premier disque est à l’image de ce qui se fait actuellement dans ce pays et de ce qui passe sur les ondes FM.

Composé de Martin Duru et Jean-Sébastien Nouveau, il tire son nom d’un club de football chilien et sort avec « Follow Me Down » son premier essai. On peut sans prendre de gros risques dire que cela plaira aux radio, mais pour être cent pour cent électronique, cela à notre avis n’est pas assez rentre-dedans pour des dancefloor habitués à plus dur que cela. Cette musique est légère et  agréable comme des bulles de champagne, même si cela manque cruellement de cuir et de sueur, les mélodies sont là et l’ensemble est plus que sympathique, à défaut d’être rock’n’roll. Marchera, marchera pas ? Cet EP 6 titres vous plaira si vous aimez les synthétiseurs et les belles mélodies, et si MGMT est pour vous le summum des musiques actuelles. Si par contre pour vous « pop » rime avec « guitar song », passez votre chemin et reportez-vous sur Miles Kane.  Oublions les parti-pris et laissons-nous prendre par le charme de ce duo, qui n’en manque pas.  Les influences qu’ils citent ne sont pas usurpées : on peut parler de MGMT pour Follow Me Down et Sticky Hands Off, on passe après à un climat un brin nostalgique sur Eilan’s Oath et un petit côté New Order sur Burning Soul, peut-être à cause de la guitare ténor. On pense également un peu à Daft Punk pour Can’t Wait, mais c’est bien le seul titre qui évoque le duo versaillais.

Pourquoi n’ont-ils pas réalisé tout de suite un album ? La question reste en suspens, ces six compositions étant accrocheuses et très travaillées,  nous ne pouvons que leur souhaiter de trouver leur vitesse de croisière et attendons la suite de leurs aventures avec philosophie.

Uncivilized – Frustration

Malgré l’attitude rebelle, quoi de plus conventionnel que la musique punk ? Certains ont choisi de rénover le style à grands coups d’électro, comme le font Frustration et Aesthetic Terrorist et comme le faisaient autrefois Warum Joe et Charles De Goal.

Si on accepte sans difficultés le principe de mélanger électro et rock, nous émettrons cependant des réserves sur le concept électro-punk, qui semble trop évident et racoleur. Néanmoins, nous ne pouvions pas bouder notre plaisir et ne pas mentionner l’album de Frustration, tant ce groupe est important. Il remplit les salles dans tout l’hexagone avec un public hétéroclite et sans le soutien de la presse.

« Uncivilzed », leur deuxième album, marque la reconnaissance d’un groupe qui arrive, malgré sa formule, à surprendre.  Cela reste du rock, c’est indéniable, là où d’autres se font absorber par l’influence électro pour faire du n’importe quoi. Frustration est loin de la froideur supposée que met en avant sa maison de disques sur le site web du groupe. Au contraire, c’est même assez vivant, notamment ce chant en anglais qui rappelle par moments Basement 5 (worries) plus qu’il ne rappelle  leurs références affichées telles The Fall et Wire.  L’album se termine par un I can’t forget you ‘Joy Divisionesque’ du meilleur effet. Musicalement, on échappe  au  hardcore pour un punk rock maitrisé, avec une  basse agile, des guitares incisives et une batterie minimale. Ultime détail technique : le son de ce disque est excellent, nous entraînant loin de l’amateurisme qu’on pouvait craindre de la part d’un groupe de punk français.

Pour résumer, cet album est bon, intéressant, efficace et mérite que vous lui accordiez votre attention.

Palma Violets – Festival Fnac Live Paris – 18 juillet 2013

L’occasion d’aller écouter Palma Violets était trop belle : un festival gratuit, en plein Paris, juste devant l’hôtel de Ville, par un temps magnifique. Le rock s’écoute-t-il par temps pluvieux ? Non,Non et non, nous ne cultivons pas le spleen et les Palma Violets non plus.

Le début du concert se voulait une entrée fracassante : à notre grand étonnement, le groupe débuta dans un climat garage-rock pas très convaincant. Il fallut attendre qu’ils jouent « Best of friends » pour entendre une mélodie. Tout de suite, ça le faisait mieux. Globalement ce concert ne fut pas complétement décevant, la sauce prenant lorqu’il y a une bonne chanson, et les Palma sont capables d’ écrire des chansons, pas que de faire du boucan. Ils font des efforts pour être bruyant, la basse et la batterie bourrinent, les guitares suivent, le clavier reste étonnement discret. Bref une prestation mi-figue mi raisin, où l’on ne s’ennuie pas, mais où l’on est pas enthousiasmé. Ce jeune groupe ne m’a pas scotché comme l’on fait les ancêtres des Stranglers au printemps 2012 à l’Olympia.

Miles Kane – Festival Fnac Live Paris – 18 juillet 2013

J’étais venu pour les Palma Violets et je suis resté pour Miles Kane. Je ne regrette pas, j’ai été agréablement surpris par le talent du monsieur. Efficace, tel est le mot qui résume ce concert.

Certes, Miles Kane n’a rien inventé, ni le rock anglais, ni les années 60, ni le rythm’n’blues. Mais le dandy mod qui rivalise d’élégance avec Paul Weller sait écrire des pop songs, et la foule reprend en cœur ; ça fonctionne et le public lui réserve un accueil chaleureux. Anciens et nouveaux titres, on ne sent pas la différence et je ne vois pas le temps passer.

Bombay Show Pig – Festival Chorus des Hauts de Seine – 20 avril 2013

La tournée française de Bombay Show Pig débutait par le Festival Chorus des Hauts de Seine, et c’était là l’occasion de voir enfin sur scène ce duo néderlandais improbable, assurant la promo de leur 1er EP français, sorti 5 jours auparavant.

C’est avec quelque inquiétude qu’on se rendait à la Défense ce samedi 20 avril. Et bien, après une heure de retard sur l’horaire annoncé, nous pûmes découvrir cette musique minimale et énergique. Bombay Show Pig fait du rock réduit à sa plus simple expression: une batterie et une guitare, à l’instar des défunts White Stripes. A la différence de ces derniers, les deux musiciens du groupe batave chantent, et ils chantent plutôt bien. On pouvait donc s’attendre à ce que l’exercice du concert soit périlleux : il fallait voir si cette musique qui fonctionne en studio pouvait fonctionner en live. Et bien cela passe la rampe, ça fonctionne bien. le guitariste Mathias Janmaat s’en sort grâce à une pédale de sampling et la batteuse Linda van Leeuwen place ses interventions de synthé sans lâcher le rythme. Les mélodies sont respectées et le minimalisme des moyens n’entache en rien la qualité de leur musique exprimée sur leur album Vulture/ Provider ( qui n’est pas distribué en France pour le moment et disponible pour le lecteur français uniquement sur le site du groupe).

Ce fut un show correct, sans rappel, avec une reprise de Beck, un set électrique, sans les versions acoustiques, où je ne me suis pas ennuyé une seconde, un show vivant (le guitariste saute partout) et un groupe heureux de jouer de la musique, qui sait faire partager sa passion et son énergie. Pour la cinquantaine de spectateurs présents ce soir-là, ce fut un vrai régal.