Cigarettes After Sex – Le Trianon (Paris) – 25 mai 2018

Nous nous sommes rendus à nouveau dans la splendide salle de spectacles parisienne qu’est le Trianon, cette fois-ci pour entendre le groupe texan de dream pop Cigarettes After Sex.

Entendre et non pas voir car leur show est minimaliste : une seule lumière éclaire les musiciens, et elle restera la même du début à la fin du concert. Et le groupe est statique, les musiciens ne bougent pas et ne se déplacent pas d’un mètre. Calme aussi est leur musique, incroyablement lente et méditative, sans rien de démonstratif sans aucun exercice sportif. On écoute leurs chansons avec plaisir : elles sont bien construites, autour du chant et de la guitare qui lui répond. Le chanteur-guitariste Greg Gonzales est bien la figure principale du groupe. Nous sommes à l’aise avec leurs harmonies et nous sommes entrés sans difficultés dans leur musique introvertie. Nous avion remarqué ce groupe en lisant les chroniques de nos collègues d’Indiepoprock et leur son nous a tout de suite séduit. Nous nous demandions quoi écouter après The Raveonettes dans le genre pop acide et nous avons trouvé avec Cigarettes After Sex de quoi satisfaire nos attentes. Finalement, il n’est pas surprenant de voir des personnes qui ont aimé le trip-hop passer à ce genre de pop si lente et si rêveuse. Ce ne sont pas des genres incompatibles. Ce qui nous a surpris, c’est de voir un clavier, Philip Tubbs, car nous avons l’habitude des groupes à guitares. A part lui, il y a surtout le batteur Greg Leeah, qui assoie l’ensemble et pose l’ambiance, un bassiste discret, Randy Miller, qui ne s’écarte jamais des structures de leurs morceaux, et un front man à la voix particulière et au son de guitare qui nous ravis.

Ce fut une belle soirée, tranquille, où le public écoute attentivement sans remuer un orteil. Ce n’est manifestement pas de la musique pour excités.

Vous pourrez les voir dans les mois qui suivent car ils vont tourner dans les festivals, notamment au Pitchfork. Ils rencontrent un franc succès grâce à internet après de longues années passées dans l’underground de leur ville de résidence.

Patrick Kuriakine

The Buttertones + The Lords Of Altamont – La Maroquinerie – 18 mai 2018

Attention : ce dont nous allons vous parler, c’est d’une soirée rock pour les puristes. Nous avons souhaité revoir le groupe américain The Buttertones sur scène car ils nous avaient étonnés par leur parti-pris de jouer du rock’n’roll à l’ancienne et leur son réjouissant malgré leur jeune âge. Ce qui n’est pas banal aujourd’hui.

Pour leur deuxième passage dans la capitale, ils se sont montrés à la fois plus énergiques et plus brouillons. Disons moins appliqués. Même s’il y a toujours leur sax et leurs guitares vintages. Il faut dire qu’ils ouvraient pour un groupe moins raffiné, The Lords Of Altamont, qui les a poussés à durcir le propos. En effet the Lords Of Altamont ne font pas dans la dentelle et la délicatesse : look métalleux à base de cheveux longs, barbes et T-Shirt noirs pour les guitaristes, lunettes noires et blouson de biker pour le chanteur, tout ça pour nous délivrer un rock à la croisée du garage et du « high-energy ». Certes ils n’ont rien inventé, tant au niveau de leur apparence que de leur musique, mais ce n’est jamais lourd ni indigeste. Même les longs solos de guitare sonnent bien. N’ayant jamais été assidu aux concerts de Motorhead et ayant raté les Ramones, nous n’avons pas l’habitude des perfectos et des symboles germaniques. Malgré cela, la musique est bonne, c’est bien du garage-rock en versions saturée et sur vitaminée, agrémenté d’un orgue sympathique. C’est à la fois hors du temps et bien de notre époque, car le garage-rock a la cote ces temps-ci. Bon, nous avons toujours dit que nous avions un faible pour cette musique, nous l’assumons et espérons ne pas vous saouler avec, car ce n’est que l’une des tendances du rock actuel et pas un impératif. On ne vous oblige pas à aimer les trucs de vieux, et ne souhaitons pas nous limiter à ce sujet et aller sur le terrain du magazine Rock’n’Folk. En tout cas c’était un bon concert avec des rockers de bon niveau, et nous ne regrettons pas d’y être allés. Les Lords ont eu droit à cinq rappels dont une reprise du classique « psycho » qui indique clairement leur filiation.

Patrick kuriakine

Goat Girl – L’Espace B – 16 mai 2018

Nous n’en revenons toujours pas : les musiciennes du groupe Goat Girl sont jeunes, très jeunes. Pourtant ces cinq gamines londoniennes ont déjà une personnalité affirmée et proposent une musique peu commune par les temps qui courent.

Leur album a depuis longtemps attiré notre attention et nous étions impatients de les découvrir sur scène sans toutefois avoir une idée de ce qui nous attendait. Nous sous sommes fiés uniquement à nous oreilles et elles nous ont dit « go » ! Et bien en live ce sont deux guitaristes dont une qui chante, une bassiste, une batteuse et une violoniste. Leur swamp rock emprunte aux années 50, au blues et au folk, elles ont un son clair, sans effets et encore moins de saturation, et la voix de leur chanteuse est d’une étonnante maturité. Encore une fois, nous ne nous doutions pas de leur âge en écoutant leur disque. C’est carrément un groupe important et l’une des meilleures choses qui se soient faites en rock indé ces dernières années. Et c’est original par rapport à tout ce qui sort de Grande-Bretagne. Pour nous, c’est une des perles du rock actuel et nous vous conseillons vivement d’acheter leur album.

Vous avez sûrement déjà pu entendre leur titre phare Country Sleaze si vous écoutez la radio. Bien sûr elles l’ont joué, tout à la fin de leur concert dans cette petite salle à la programmation remarquable malgré le manque de confort du lieu.

Patrick Kuriakine