Alt j – the Dream

Le groupe Alt-J a dans notre pays une notoriété exceptionnelle pour un groupe indépendant. Ce n’est cependant pas la tête de file de quoi que ce soit, car leur musique si particulière leur est propre. Vous me direz que c’est vrai pour tout artiste indé. Alors est-ce que c’est parce que nous les avons entendus souvent sur une radio parisienne, ce qui est rare, que nous les trouvons spéciaux ? Pas uniquement, comme nous allons essayer de vous le faire partager.

Comment décrire la musique de ce cinquième album d’Alt-J ? Point de guitares rageuses ni de batterie martiale chez eux, c’est sûr, même si les drums de cette réalisation ont un son puissant, contrairement à leurs albums précédents. Meilleure production me direz-vous. C’est arrondi et sans rien qui agresse, et n’offre jamais de débordements d’énergie. Rien de changé donc. On ne trouve pas non plus les sons décalés de leur précédent album Relaxer . C’est très soft comme toujours avec Alt-J et leur principal argument, nous insistons ce sont les vocaux qui sont d’une grande beauté. Ce qui leur est propre depuis  An Awesome Wave, leur premier album de 2012, c’est pareil depuis leurs débuts, si ce n’est qu’ils sont moins spontanés et plus travaillés. Cette beauté des vocaux fait partie de leur marque de fabrique, sans le côté un peu foutraque des albums précédents qui a disparu au profit d’une plus grande maîtrise.

Ces vocaux ne sont pas loin de ceux qu’on peut trouver dans la musique folk, à ceci près qu’ils sont accompagnés de claviers doux et autres sons électroniques, même si la guitare n’est pas absente. En tout cas elle n’est pas omniprésente comme sur leur premier opus, ce sont les vocaux qui sont là en permanence. Cette livraison est un album de pop recherchée sans pour autant verser dans les grosses évidences. Ces vocaux sont aussi portés vers l’émotion, même quand un refrain plus formel surgit. A certains moments, et c’est nouveau, c’est au blues que l’on pense, et plus au folk, mais de manière discrète et fugitive. Ne vous attendez pas à un album d’Éric Clapton lorsque nous disons cela. Non, Alt-j en est bien loin, ce sont seulement des traces de blues que l’on trouve dans leurs chansons, ne nous méprenons pas. Et Le chant d’Alt-J vous susurre à l’oreille comme d’habitude.

Ce n’est pas avec la première track de l’album que vous entrerez dans celui-ci. Il vous faudra attendre la deuxième, qui porte le nom d’ « U&ME » et que vous risquez d’entendre sur une radio ou dans une playlist. C’est clair que c’est une chanson qui fait montre d’évidence, et qui est terriblement efficace. Nous l’avions entendue avant de posséder The Dream en CD (oui, notre chroniqueur n’est pas revenu au vinyle !). Le titre qui vient en 3è, « Hard Drive Gold », est lui aussi une track efficace, plus rythmée et dynamique que la précédente, mais tout aussi capable de sortir cet album de chez les spécialistes de l’indé dont Indiepoprock fait partie.

Alors les titres qui viennent après ne sont pas moins bons, ils sont moins faciles, comme ce « Happier When You’re Gone » dont la partie instrumentale est très belle. Néanmoins, le 4è titre, « The Actor », est lui aussi catchy. Nous parlions plus haut de traces de blues, c’est très clair sur ce morceau où la guitare est bien présente.

Le 5è titre est moins facile : rupture d’atmosphère, on est au coin du feu, mais ce n’est pas un problème, on écoutera attentivement les paroles qui s’avancent sur une simple guitare acoustique, et du piano à la fin de cette chanson. Il nous amène habillement au suivant, qui relève carrément de la techno tant par ses sonorités électroniques que par sa construction. Pourtant cela passe très bien et l’enchaînement des chansons qui composent cet album est habile. On est loin de la simple collection de rock songs.

Alors avec le huitième titre, « Philadelphia », on entre dans le sublime arrangé avec des cordes. C’est l’un des grands moments de ce disque. Rare sont les artistes qui réussissent cet exercice, et encore une fois ce sont des britanniques qui nous offrent ce cadeau.

« Walk A Mile », le 9è track, revient au style du début du disque. Nous parlions de vocaux formels et de guitare bluesy, c’est ici que c’est manifeste. Ce n’est pas pour nous déplaire, ce titre est de la pop de grande classe, raffinée, qui passe très bien lorsque l’on a accepté cette proposition artistique. C’est sûr que quelqu’un qui cherche du punk sera déconcerté tellement c’est autre chose !

« Losing My Mind » est un track assez étrange, très froid, où le chanteur répète qu’il perd l’esprit. Ce sont surtout les vocaux traités avec des effets et le son de la drum qui rendent ce morceau étrange plus que le texte. Le mixage est très différent de celui du reste de l’album. Néanmoins cela nous accroche bien.

L’album se termine, par un beau chant, plein d’âme, avec piano et guitare, et une batterie discrète, qui nous dit d’aller au lit car le soir est venu.

Pour résumer nous dirons que c’est un bel album de pop, varié et avec des temps forts, mais toujours de qualité, qui montre qu’ils ont progressé et gagnés en sérénité.

.

Miles Kane – Change The Show

L’élégant rocker britannique Miles Kane est toujours dans la course et le revoici en ce début d’année avec un quatrième album.

Le précédent album de l’artiste britannique était sorti en 2018, était bien pêchu, dans le style de Miles qui a sa patte de compositeur et de guitariste, avec un son personnel largement inspiré des années 60. Celui-ci est moins brut, plus sophistiqué, ce n’est plus l’uppercut à l’estomac mais la séduction. Sur la pochette, Miles Kane pose en costume noir traditionnel. Il fait apparaître au grand jour son goût pour le rythm ‘n’blues et la soul qui était là dans ses compositions mais pas de manière aussi évidente.

Ces dernières années il a beaucoup été question de son side-project avec Alex Turner, The Last Shadow Pupets mais l’artiste du Mersey Side n’a pas abandonné sa carrière solo. Cela aurait été dommage car Miles Kane fait du rock avec une classe certaine.

Alors vous serez peut-être déconcerté par cette baisse d’agressivité si vous êtes fan de cet artiste. Mais il faut écouter ce disque plusieurs fois pour en apprécier la sève.

Dès le début, on retrouve le Miles Kane que l’on connait avec l’une de ces belles chansons dont il a le secret, Tears Are Falling. Il a gardé son style de compositions et de chansons, de même que le son de guitare qui n’appartient qu’à lui. C’est toujours la même musique, mais arrangée différemment, moins martelée et plus stylée. Il se risque à des audaces comme sur Don ’t Let It Get You Down, plus complexe et plus groovy que ce à quoi il nous avait habitués, qui démarre sur des percussions avant d’entrer dans le vif du sujet. Il prépare l’auditeur à la suite, qui est un duo soul avec la chanteuse Corinne Bailey Rae.

Avec See Ya When I See Ya, Miles s’attaque frontalement au rhythm’n’blues avec naturel et verve.

La suite est dans cette veine, et il est manifeste que cet album est le résultat d’un gros travail. Le morceau Tell Me What you’re feeling se fend de cuivres, de chœurs et d’un solo de guitare blues.

Nous avons droit à nouveau à une belle chanson dont il a secret et qui manifeste un goût pour le rétro, Coming Of Age. Cela continue avec le morceau qui donne son titre à l’album, Constantly, et sa guitare d’un autre âge. Cela va ravir ceux qui connaissent les musiques du début des années soixante, dans la phase qui a suivi le boom du rock’n’roll originel.

L’album se termine par deux titres plus dans les habitudes de notre Miles, plus percutants. Il ne s’est pas métamorphosé comme l’on fait les Arctic Monkeys mais a donné une nouvelle couleur à ses chansons sans trahir ni ses influences ni sa manière qui lui est propre.

C’est un bon album, que l’on peut écouter en entier ou en piochant pour prendre ses titres préférés. Il nous rassure sur la santé de la musique britannique qui tient avec Miles Kane l’une de ses figures de proue.

Dry Cleaning – New long Leg

Après une série de singles, voici le premier album du groupe britannique Dry Cleaning qui s’est formé en 2018 et est donc complètement actuel. C’est une découverte qui nous redonne confiance en l’avenir.

Avant de vous parler de ce groupe et de leur album, nous allons émettre un avertissement histoire de vous situer cet objet sonore. Oui, objet sonore, car c’est un album arty, ce qui n’est pas un problème pour nous, si cela sonne bien. Et cela sonne très bien, nous avons eu plaisir à l’écouter d’un bout à l’autre même si c’est du rock intellectuel et non conventionnel. D’abord le son qui surprend, on se demande si cela n’a pas été enregistré dans leur logement sur du matériel de particulier. Ce que nous voulons dire, c’est que cela ne sonne pas comme un album enregistré en studio avec un producteur, ce qui est pourtant le cas. Le producteur s’appelle John Parrish et le label 4AD. Et un deuxième point, et qui n’est pas anecdotique, c’est que c’est du spoken word : personne ne chante, une femme récite un texte. Sur le papier cela pourrait paraître pénible, mais en fait cela le fait et on se prend au jeu de l’écouter nous parler à l’oreille sur un tapis musical de bon aloi. Et ce n’est pas lassant. On voit plus souvent ce genre d’expérience musicale du côté de New York que de l’Angleterre, où ils vivent et créent.

Car la Grande-Bretagne ne nous proposait plus depuis longtemps des choses aussi audacieuses, à la limite du bizarre, et c’est en cela que l’on peut les rattacher au post-punk. Mais c’est plus que du post-punk, c’est plus original qu’une musique de genre, et cela tient compte de musiques qui n’existaient pas dans les années 80. Le guitariste Tom Dowse, qui est à l’origine de ce projet, sait faire autre chose et connait manifestement le gros rock. Ce qui a choqué notre chroniqueur au premier abord mais qui passe très bien en fait.  Oui, c’est le groupe d’un guitariste, qui a su convaincre l’élève d’une école d’art Florence Shaw de les rejoindre pour poser sa voix. Elle a refusé de chanter, préférant dire des textes sur la musique. Il y a aussi dans cette formation une batterie, par moment doublée d’une boîte à rythmes, et une basse qui joue des parties simples mais avec un son terrible.

Cet album qui comporte 10 titres est en fait super agréable à écouter, malgré l’aridité de la démarche. Les guitares sont très belles, enfin cela nous a bien plu. Nous espérons qu’il en sera de même pour vous. Ce n’est jamais de la musique ultra-speed, et elle se déroule sans que l’on vole le temps passer. Allez, on le remet dans le lecteur cd !

My Bloody Valentine ep’s 1988-1991

My Bloody Valentine, traduit en français par “Meurtres à la Saint-Valentin”, est un film d’horreur canadien de George Milhalka sorti en 1981 qui se déroule dans un petit village de Nouvelle Ecosse. C’est aussi le nom d’un groupe de rock indépendant des années 80 classé dans le genre Shoegaze, qui a emprunté son nom au film. Une compilation de certains de leurs titres vient de sortir.

Le groupe, irlandais et non anglais, a débuté en 1983 pour se séparer en 1997 et n’a jamais connu de succès commercial. Il est resté confidentiel dans notre pays, ce qui parait dingue car cette réédition en double album de leurs singles de la période 1988-1991 nous dévoile un groupe majeur à la forte personnalité musicale, intéressant au même titre que les américains de Sonic Youth.
Si l’on parle de My Bloody Valentine aujourd’hui, c’est qu’en novembre 2007 ils ont décidé de faire leur retour. En France nous avons eu droit à un concert retransmis sur France Inter et à cette réédition de singles de leur période musicale significative que nous venons de trouver dans les nouveautés de notre magasin de disque habituel. Alors qu’en fait, cette compilation de singles est annoncée et sous ce nom par le groupe depuis 2012. Mais ce n’est que maintenant qu’elle apparait dans les bacs. Elle est constituée d’un premier CD de 13 titres et d’un deuxième de 11 titres. Elle accompagne la réédition de leurs albums par le label Domino Records.

Et bien que nous dit-elle ? Que c’est l’une des meilleures choses que nous ayons entendu durant cette année 2021 ! Comme Sonic Youth d’une autre manière, c’est-à-dire avec une autre manière de jouer de la guitare, ils poussent plus loin et intelligemment les éléments de base du rock tel qu’il se présente après la période punk britannique de la fin des années 70. A l’écoute de leurs morceaux, on ne se dit jamais « ouais, c’est bateau ». Ils font quelque chose de personnel, et, ne nous le cachons pas, d’expérimental et travaillé, à partir de ce que font tous les groupes de rock. Et cependant, malgré ce côté expérimental, leurs titres sont pop et agréables. C’est innovateur sans être sombre et torturé. Cela tient au chant de Kevin Shields et Bilinda Butcher qui est toujours mélodique alors que les guitares sont franchement bizarres et bruitistes. Le son de ces rééditions est fabuleux, tous les instruments sont à leur avantage et il n’y en a pas un qui soit masqué dans l’ensemble.
Nous connaissions et apprécions ce groupe, mais pas la totalité de leur discographie, reconnaissons-le, et ce double album est un régal et les place au panthéon des groupes de rock. Ce qui n’est pas évident, car nous avons en 2021 un recul et un esprit critique sur les 40 dernières années de musique. Nous arrivons à écouter My Bloody Valentine alors que nous ne parvenons plus à apprécier que deux ou 3 morceaux d’artistes qui ont été reconnus du temps où ils étaient en activité, et que nous avons aimés mais qui aujourd’hui nous laissent sur notre faim. C’est subjectifs, c’est sûr, mais nous ne sommes plus des fans adolescents et ne cherchons pas à indiepoprock à paraître hip avec la dernière sensation rock dont tout le monde parle. Si My Bloody Valentine fait l’actualité, c’est fondé et leurs disques sont là pour le prouver.

François Atlas – Banane Bleue

François Marry et Ses Atlas Mountains de retour pour un nouvel album sur Domino.

Même si cet album est attribué à un nom collectif, il a été réalisé sans les musiciens habituels de François Marry. En rupture avec les précédents, il est minimal et sobre, et en même temps très rafraichissant. Il nous propose dix titres de pop sympathique chantés le plus souvent en français, avec la manière  personnelle de François. Les titres les plus marquants sont réalisés avec un petit nombre d’instruments et et ouvrent une voie intéressante à emprunter par les artistes pop. L’album a été enregistré entre Athènes, Berlin et Nogent-sur-Marne par François et le producteur Jaakko Eino Kalevi qui a été choisi par l’artiste pour son travail artistique sur ses propres disques.

Il ne démarre vraiment qu’à la deuxième chanson du disque, Coucou, une ballade calme qui évoque des paysages tropicaux et une relation féminine. Avec le troisième morceau, Julie, on reconnait la manière habituelle de l’artiste et il comblera ceux qui l’appréciaient avant cet album. Une voix féminine ponctue agréablement le texte et prépare au refrain accrocheur de cette chanson efficace. Par le Passé est une intéressante œuvre, car cette chanson se développe sur des arpèges de piano atmosphériques qui lui donnent un côté original. Holly Go Lightly, le cinquième titre, est une friandise naïve en anglais, qui entre dans la tête. Lee Ann et Lucy, pour sa part, très pop française actuelle, passerait très bien sur une radio de musique sérieuse loin des insolences du rap et du rock.

Tourne Autour porte l’empreinte d’une légèreté efficace et accrocheuse. Pourtant son instrumentation est minimale : boîte à rythme, synthé et le chant. Il en est de même pour la suivante, Revu, au texte très fort. En dépit des sonorités électroniques, le titre entre clairement dans la catégorie chanson française de qualité. Ces titres à la boîte à rythme accompagnée d’un synthétiseur sont d’ailleurs les plus plaisants de l’album. Ce sont par contre des instruments réels aux timbres agréables qui construisent la chanson mélancolique qu’est Gold and Lips. Elle se termine par un joli son de clavier vintage qui vient se poser sur la guitare qui fait la base de ce titre. Une réussite. L’ultime chanson, Dans un taxi, voit le retour des sonorités électroniques, en plus prononcé. Ce morceau est tout simplement magnifique et est un grand moment de pop électro. Entre chanson et pop, François And The Atlas Mountains ne choisit pas, et c’est tant mieux. C’est un disque agréable à écouter, au sens noble du terme, qui contient deux titres évidents et des morceaux auxquels on revient pour mieux les découvrir. Réalisé avec moins de moyens que le précédent, il est cependant l’un des disques francophones importants de l’année.

Miles Kane – Coup De Grâce

L’élégant rocker britannique Miles Kane est toujours dans la course et Coup de Grace est son troisième album. Sorti en 2018, nous l’avion laissé passer mais comme sommes dans une période un peu particulière nous nous permettons de revenir sur ce disque d’un artiste que nous suivons depuis plusieurs années et que nous ne pouvions décemment pas passer sous silence.

Ces dernières années il a été question de son side-project avec Alex Turner, The Last Shadow Puppets, mais l’artiste du Mersey Side n’a pas abandonné sa carrière solo comme nous le redoutions alors. Cela aurait été dommage car Miles Kane, s’il fait du rock britannique le fait avec sa personnalité et une certaine classe. Ce Coup de Grâce qui est son troisième album solo est différent des précédents car il est plus brutal et rentre-dedans, même s’il contient quelques belles chansons taillées pour le succès. C’est clair dès l’ouverture de l’album avec le titre Too Little Too Late, qui se déroule pied au plancher et surprendra les fans du Miles. On revient à de meilleures intentions avec le deuxième titre, Cry On my Guitar, qui lorgne vers le Glam, et qui est une superbe opération de rock’n’roll façon années 70, avec un solo de guitare brillant et pas indigeste. Un titre magnifique.
On retrouve le Miles Kane que l’on connait avec l’une de ces belles chansons dont nous parlions, Loaded, qui flirte avec la Brit Pop et n’est pas loin des Arctic Monkeys. C’est bien lui encore dans le morceau suivant, Cold Light Of The Day, même s’il est plus furieux qu’à son habitude. Court et direct, avec un riff efficace, ce morceau est excellent. La Brit Pop, on y revient avec le sixième titre, Killing Of The Joke, qui vous fera verser des larmes comme le faisait Oasis.
Vient alors le morceau qui donne son nom à l’album, et qui n’a rien à voir avec le reste et sonne petit. C’est une espèce de groove expérimental et pas un vrai morceau comme Miles Kane sait le faire. On se demande pourquoi il figure sur l’album. Heureusement on en revient à quelque chose de bien plus consistant avec un autre morceau furieux, Silverscreen, qui est dans la veine de cet album mais peut déconcerter par son agressivité, tellement ça ne ressemble pas à ce à quoi nous avait habitué l’artiste. Wrong Side of life est encore autre chose, un cri de souffrance sur une forme plus conventionnelle. Mais c’est convaincant. Retour au rock pied au plancher avec Something To Rely On, qui dans le genre est réussi et nous plait bien. L’album se termine par quelque chose de moins teigneux, plus posé et plus pop, un titre qui se nomme Shavambacu, et qui arrive à point nommé pour nous calmer après tout ce qui nous est arrivé dans la face depuis que nous avons inséré le CD dans son lecteur. Cela aurait pu être le point départ d’un autre album, moins pêchu, plus dans la belle pop britannique que ce disque qui dans l’ensemble est plus agressif et plus tendu que les deux précédents. Mais si vous aimez le rock qui dépote, cela ne vous dérangera pas, une fois la surprise passée. Pour résumer, un album disparate mais pas pour autant hétéroclite, où se côtoient rock’n’roll débridé et chansons pour la radio comme le savent faire les artistes britanniques.

Metz – Atlas Vending

Quatrième album pour Metz.

Ce quatrième album du groupe noise-rock sur le label Sub Pop nous surprend, car nous les avions rangés au rayon des groupes pas indispensables. Or leur livraison 2020 nous met une claque. C’est toujours très bruyant, mais hyper intéressant. Comment font-ils pour obtenir un tel résultat en jouant la carte du chaos musical ? D’abord, ce disque n’est ni joli ni agréable. Et pourtant ce n’est pas non plus quelque chose d’expérimental barré ou un truc ce qui se voudrait avant-gardiste. Non, c’est à part et peu orthodoxe.

L’idée d’une musique bruitiste expérimentale, et utilisant des guitares furieuses, on connaît, demandez à Glen Branca ou Sonic Youth. Peut-on qualifier la musique de Metz de punk-rock ? Disons plutôt qu’elle s’en inspire dans l’esprit, la radicalité. Le groupe a été formé en 2008 au sein de la scène punk d’Ottawa au Canada avant de signer en 2012 sur le prestigieux label Sub Pop pour lequel ils réalisent leur premier album. Ils seront fidèles à ce label jusqu’à aujourd’hui. Et ce nouvel album est emblématique de la maîtrise de leur style.

Metz donne une forme à du dissonant, du bruyant, à partir d’une guitare électrique et d’une batterie qui a la part belle dans leurs morceaux. Les guitares semblent incompréhensibles et pourtant on prend du plaisir à écouter cet album. Les morceaux sont concis, le disque n’est pas facile, il est pourtant passionnant d’un bout à l’autre.

Il commence par un titre sombre, Pulse, qui répète la même guitare pendant que le chanteur déclame son texte. C’est au deuxième morceau, Blind Youth Industrial Park, qu’on entre dans le vif du sujet, et l’on n’est pas déçus. A 100 à l’heure, on enchaîne The Miror, No Ceilling et Hail Taxi, où le guitariste chanteur Alex Edkins donne de lui-même avec une énergie remarquable. Draw Us In, tranche sur les précédents par sa batterie cassée et sa partie de guitare. Mais ça repart juste après ce titre, jusqu’au dernier, A Boat To Drown In, qui est leur single, et qui repose sur une batterie plus conventionnelle, rapide, pendant que la guitare répète inlassablement la même figure.

Nous n’avons pas peur de le dire, cet album est une réussite artistique. En 2020, le rock radical à guitares se porte bien, en voici encore un exemple.

Nothing – The Great Dismal

Sorti la dernière semaine d’octobre, le nouvel album du groupe de shoegaze de Philadelphie explore les thèmes de l’isolation, du mal-être et du comportement pour le moins curieux de l’être humain. Tout ça avec une efficacité bien américaine pour ce qui est de la musique.

Cela ira bien comme bande-son de notre confinement et de la crise sociale et économique qui l’accompagne, car nous aurons au moins un excellent album à écouter chez nous à défaut de voir des gens.

C’est donc du shoegaze américain. Je précise leur nationalité car du début à la fin de ce disque, si nous sommes dans les mêmes brumes et la même sensibilité que leurs homologues britanniques, ces brumes sont d’une autre teinte et il y a un côté costaud dans leurs morceaux.
Le disque commence par le très calme A Fabricated Life, qui pose dès les premières notes son climat de recueillement suivi du lyrisme de son refrain. Savourez-le comme vous savourez de la Dream pop ou un vieux Pink Floyd. Au deuxième morceau, les affaires démarrent : une batterie dansante, des guitares sales et une voix qui flotte au-dessus. Il y a des subtilités de production comme une sample vocal au début, un roulement électro ici et une partie de basse tranchante. Ce morceau porte le nom de Say Less. Le titre qui suit, April Ah Ah, est superbe et les guitares sont grosses, suffisamment pour ne pas rester assis en l’écoutant. Au milieu il y a un passage plus dépouillé, là encore signe d’un travail des morceaux. Catch A Fade qui lui succède est plus guilleret et plus évident, et contraste avec ce que nous avons entendu précédemment du moins au début du morceau car à la troisième partie nous retrouvons avec plaisir leur gros son et l’intensité caractéristique ce disque. Le cinquième revient aux choses sérieuses et a une grosse patate, tout en faisant cohabiter guitares subtiles avec le chant. Surprise avec le suivant, Bernie Sanders, plus agressif que le reste, grosse basse pour commencer, guitares entêtantes. On revient à du très lourd avec In Blueberry Memories, qui va vous remettre en mouvement si vous vous étiez posé sur le canapé.

Ensuite c’est un moment contemplatif qui se termine en explosion et qui se nomme Blue Mecca et qui est magnifique. On passe alors à un titre très métal qui s’appelle Just A Story. Dans la même veine,Ask The Rust et son refrain fait mouche d’entrée.

Avec « The Great Dismal », Nothing signe un coup de maître, qui se termine dans une relative sérénité avec, The Dead Are Dumb, en dépit d’une batterie solide. Construction classique pour un morceau qui clôture l’album par une touche plus légère.

Rien à jeter sur ce disque qui redonne toutes ses lettres de noblesse à un genre qui, petit à petit, revient au goût du jour. Dans les circonstances actuelles, il n’y aura pas beaucoup de disques à se mettre sous la dent alors ne boudez pas celui-ci.

The Sherlocks – Under The Sky

The Sherlocks est un groupe de jeunes britanniques originaires de Bolton Upon Deame près de Sheffield. Nous les avions découverts lors d’un concert dans la capitale de la France et avec quelques singles qui décoiffaient puis l’album Live For The Moment de 2017

Nous l’avions chroniqué car nous l’avions trouvé renversant. Puis nous n’avions plus eu de leurs nouvelles. Ce n’est qu’en nous rendant chez un disquaire comme tout un chacun que nous nous sommes aperçus qu’un deuxième album du nom d’Under The Sky était disponible dans les bacs depuis 2019. C’est donc avec un certain retard que nous vous le mentionnons et surtout que nous l’écoutons.

Ce qui ressort justement à l’écoute de leur disque c’est que c’est devenu plus conventionnel même si l’on retrouve leurs grandes qualités mélodiques. Mais tout est au même tempo, qui est celui de centaines de disques de rock, mis à part le titre qui donne son nom à l’album. Ce que l’on note aussi, c’est la performance vocale de leur chanteur, dont les vocalises peuvent énerver par moment, et l’apparition sur ce deuxième disque  d’une lead guitar mélodique qui se pose autour du chant. Bon, ce système est bien vu. Ils ont manifestement changé de catégorie pour devenir plus mainstream. Mais comme nous attendions ce deuxième album, nous vous en parlons dans nos colonnes.

Il y a quand même des morceaux qui nous rassurent sur cette acquisition, et qui sont dans la manière de leur album précédent, comme le deuxième titre NYC, le troisième qui se nomme Waiting, le quatrième Magic Man qui est superbe, et le neuvième Now And Then. Mais il y en a d’autres qui sont énervants, même si ce n’est jamais désagréable ni mauvais, seulement commercial. Il faut s’attendre à les voir jouer dans des salles bien plus grandes que les cafés concerts où nous les avions appréciés et où ils étaient à l’aise en toute simplicité. C’est cette simplicité d’ailleurs qui nous avait plu chez eux et nous avait amené à les rencontrer pour une interview que vous retrouverez sur notre site.

Sonic Boom – All Things Being Equal

Peter Kember, est un musicien et producteur britannique (MGMT, Panda Bear) qui a été membre de groupes (Spacemen 3, Spectrum et Experimental Audio Research) et qui fait des trucs tout seul sous le nom de Sonic Boom.

Il aura fallu attendre 31 ans pour que Peter Kember revienne aux affaires sous le nom de Sonic Boom. Un disque que certains diront expérimental, mais qui est surtout très anglais. Et ce que Peter Kember fait avec des machines, d’autres, dans cette île connue pour sa musique pop-rock, le font avec des guitares et une batterie.

On a donc affaire à un album accessible, fait de mélodies enfantines jouées au synthétiseur, d’un chant maitrisé, avec un beau timbre de voix médium même lorsqu’il se contente de réciter un texte sur des boucles. Le son est limpide et n’a rien d’agressif ni de distordu. On peut l’écouter en terrasse ou sur la plage derrière des lunettes de soleil par ce temps d’été.

L’album commence par Just Imagine, un titre qui n’est pas loin de Kraftwerk. C’est ultra-répétitif et la mélodie rentre bien dans la tête. Vient ensuite un titre avec des sons gargouillants de synthé, et une belle voix, qui porte le nom de Just A Little Piece Of Me. Nous aimons ! Things Like This, qui arrive en 3è sur ce disque, swingue terriblement pour de la musique électronique, on dirait un morceau des années 50-60 en version électronique. Plus expérimental est Spinning Coins And Wishing On Clovers, où Peter Kember récite un texte sur de l’ambiant, et ça passe, c’est captivant. Bon, peut-être parce que ce n’est pas comme ça sur tout l’album, non plus car tout le monde n’est pas prêt à écouter tout un album d’ambiant ou à pratiquer la relaxation par la musique, comme l’ont fait des chercheurs qui ont inspiré les Chill-Out des soirées techno qui permettaient au public de connaitre un moment de calme et aux consommateurs de drogues de récupérer.

Le morceau On A Summer’s Day, de circonstance, est lui plus limite. Ses sonorités asiatiques le rendent un peu barré, un peu pénible sur la longueur. Voix au vocodeur, basse synthétique et mélodie lead, Tawkin Tekno, qui lui succède, sonne plus old-school, mais ça ne fait pas de mal de revenir en terrain connu. I Can See Light Bend, lui, renoue avec une certaine complexité, intriguant par l’enchevêtrement de textures triturées, sans céder à la facilité de rajouter des beats par-dessus. C’est superbe ! Avec I feel a Change Comin On, on revient à la manière du début, avec un côté plus rock, que ce soit dans le chant ou les sons utilisés. Au final, on obtient un album bigarré, en équilibre entre passé et présent. Un disque bilan, mais sans nostalgie ni hermétisme expérimental.