Alex Henry Foster and The Long shadows @ Le Zèbre de Belleville – le 03 août 2022

Alex Henri Foster est à la base le front man du groupe canadien alternatif Youri Favorite Ennemies dont on retrouve certains des membres dans ce projet solo sous le nom de The Long Shadows. Mais c’est une toute autre création artistique, qu’il a entreprise en 2018 avec l’album « Windows In The Sky ».

C’est cette création réalisée dans un studio de Tanger au Maroc qu’il nous présentait pour la deuxième fois en France au Zèbre, salle de spectacle de Belleville. Alex Henry Foster nous a captés par l’intensité émotionnelle et la beauté de cette musique qu’on peut qualifier d’atmosphérique. De longues plages (Alex Henry, qui s’exprime dans un français impeccable, emploie le terme de « pièces ») qui laissent la part belle aux instruments avant que le chant incantatoire n’entre en action. Si vous avez auparavant écouté des musiques instrumentales instaurant une ambiance et un climat, vous entrerez facilement dans ce qu’Alex Henry Foster and The Long Shadows nous font entendre.

Les morceaux proposés sont longs, sans pour autant être un jam informelle. Inspirés par le décès du père du chanteur ou la crise du covid, ils délivrent un message humaniste en réponse à des souffrances et des épreuves que tous peuvent vivre ou avoir vécu. Le chant, clair et puissant, nous balance une poésie qui fait appel à l’émotion et cela parlera aux fans de Nick Cave, pour vous donner une référence plus connue.

Alors, si c’est particulier pour la structure des morceaux (car il y en a une), cette musique l’est également au niveau des harmonies et des rythmes. C’est légèrement bruitiste, et le jeu du batteur est fondamental. C’est même ce que nous avons entendu de mieux en jeu de batterie depuis bien longtemps. Le batteur joue comme dans la musique classique occidentale, du tout comme un batteur de rock.

Cela n’est jamais ennuyeux, les musiciens et le chanteur nous tiennent en haleine et nous restons admiratifs de leur capacité à poser un climat et à s’y tenir.

Métro Verlaine @ Le Super Sonic – le 12 juillet 2022

Habituellement le club parisien le Super Sonic propose au public 3 groupes chaque soir. En ce mois de juillet il augmente la cadence avec son festival Restons Sérieux, « beau et bizarre », « à contre-courant », voilà comment il se présente. Concrètement il s’agit de musique en langue française, car dans ce lieu le reste de l’année on chante en anglais et sous un nom anglais, que l’on soit de Bordeaux, de New York ou de Nouvelle Zélande. Au total 25 groupes se produisent pendant 5 jours.

Mais c’est le groupe normand Métro Verlaine que nous sommes venus voir, et ce le premier soir du festival, où ils sont la tête d’affiche. Ils sortent un deuxième album et apparaissent dans la presse musicale. Alors les groupes qui les précèdent sur la scène du Super Sonic ne sont pas mauvais pour autant, cette soirée du mardi était de qualité.

Leur nouvel album marque un changement musical et c’est ces morceaux qu’ils jouent en live, à l’exception de deux anciens titres. Petite déception pour nous car nous aurions aimé en entendre plus que deux. Mais les nouveaux morceaux, s’ils sont différents, moins sombres et plus rapides, nous ont intéressés et agréablement surpris. Ils sont plus énergiques, plus variés au niveau des guitares qui sont désormais deux, moins teintés de noirceur et avec de nouvelles sonorités. Leur premier album était assez monolithique, leur identité artistique était manifeste du début à la fin de l’album et du concert que nous avions vu à l’époque. Là aussi, mais il y a plus de pêche et de saturation, leur son est moins net et ils jouent plus fort. Leur côté sombre inspiré de Joy Division apparait moins dans les nouvelles compositions.

Si cela joue plus en énergie qu’auparavant, ils ont aussi une plus grande présence scénique, peut-être due à l’espace plus restreint de la scène du Super Sonic. Visuellement on pense au groupe The Raveonnettes. La chanteuse du groupe bouge d’une manière plus rock, elle a une voix aussi, et ce que nous voyons ce soir est digne d’un groupe venu d’ailleurs que de France. Métro Verlaine nous scotche autant qu’un bon groupe étranger. Oui, ils sont bons, nos normands post-punk fans de Manchester !

Dalton (ex Les Daltons) @ Les Voutes – le 9 juin 2022

Nous vous avons parlé de ce groupe parisien qui s’appelait alors Les Daltons en 2017, lors de leur série de concerts dans les bars et petits lieux de la capitale. Depuis il y a eu du changement : leur guitariste Serdâr a quitté le groupe qui se retrouve en trio et se définit aujourd’hui dans la catégorie Post-Punk.

Ils proposent toujours au public un rock anguleux avec de très bons textes en français. A force de concerts, ils sont devenus capables de morceaux énergiques, ce qui était flagrant lors de leur passage avant le covid au Club Supersonic, qui a été le point culminant de leur série de concerts sur Paris avec l’ancienne formation. Le côté new-wave ou post-punk était déjà présent de par le bassiste du groupe et ils sont passés d’influences discrètes à une volonté affirmée. Il est désormais manifeste avec cette nouvelle formule qui ne compte plus qu’une seule guitare qui joue des rythmiques effectivement dans le même genre que celles de groupes de la new-wave d’autrefois. Mais leur son est sec et pas plongé dans les effets sonores comme cela pouvait l’être des émules de The Cure et de Talking Heads. Ni punk-rock, ni noisy, ni psychédélique non plus.

Patrick Williams, la figure de proue du groupe, récite ses textes plus qu’il ne les chante et ce qui était une particularité est devenu plus répandu dans le rock depuis 2 ans.

Lorsque nous avons appris les changements dans le groupe, nous nous sommes posé la question de savoir s’ils allaient pouvoir rebondir. Eh bien oui, Dalton n’est plus les Daltons mais est toujours un groupe original et dansant, avec des textes en français qui nous plaisent bien. Cette originalité fait qu’ils ne paraissent pas sortir d’un documentaire sur le rock parisien dans années 80 même s’ils y ont participé à l’époque. Leur bassiste JB a un son terrible et envoie des lignes de basse innovantes, tandis que le batteur lie l’ensemble. Patrick Williams à la guitare et au chant a un jeu rythmique avec des passages dissonants.

La salle des Voutes est un lieu plein de charme situé au sud de Paris, dans une cour-jardin qui permet de boire un verre dans un cadre de nature avant d’entrer au concert. Cette salle aux allures de cave voutée, d’où son nom, donne envie de jouer live.

Special Friend @ Le SuperSonic – 19 Avril 2022

Special Friend est un duo franco-américain, composé de la batteuse Erika Ashleson et du guitariste Guillaume Siracusa. Duo également pour ce qui est du chant, car ils chantent à deux voix, et plutôt bien.

Ils chantent en anglais, sont de la région parisienne et ont enregistré un EP en 2019 et cette année un album intitulé « Ennemi Commun ». Ce qu’ils nous ont proposé ce soir, c’est de l’indie-pop légère aux très belles mélodies et avec son (guitare, batterie) maitrisé, avec une guitare qui occupe l’espace. Alors si c’est dans la même lignée qu’un groupe comme Beach Fossils, leur guitariste Guillaume va plus loin et alterne son clair et son sale. Et les voix qui s’y ajoutent sont très belles.  On trouvera une proximité avec ce que fait un groupe comme Yo La Tengo. Ils posent à partir de la scène une atmosphère relaxante et pleine d’amour. Cette musique ne vous agresse jamais, même quand la guitare passe en son saturé, car celui-ci est chaud et pas criard. Le terme de noisy pop a été employé à leur sujet, mais c’est peut-être un peu excessif.

Depuis sa formation en 2017, le duo écume les salles de la capitale et d’ailleurs. Guettez leur passage, un bon moment d’indie pop authentique ne se refuse pas.

The Funeral Warehouse @ Le Supersonic – 08 Avril 2022

Nous voilà repartis sur Paris pour des concerts après cette épidémie qui nous aura mis dans un drôle d’état pour ce qui est de notre vie sociale et musicale. 100% télétravail, promenade dans les jardins publics, régime végétarien et ouverture à d’autres musiques que le rock, voilà ce qu’aura fait de nous ce covid. Franchement on se demandait si nous reverrions un jour de la musique live et des guitares électriques. C’est donc avec une certaine émotion que nous nous sommes retrouvés à nouveau au club Supersonic pour une affiche qui nous promettait de l’indie et du post-punk. Mais The Funeral Warehouse se situe au-delà des étiquettes. C’est une surprise de taille pour nous que ce groupe parisien qui est formé depuis 2010 et qui a sorti récemment son premier album. Avec ces artistes on ne fait carrément plus la différence à l’oreille entre français et britanniques, ce que nous pressentions. C’est particulièrement vrai ici de ce trio qui a quelque chose de la cold-wave pour ce qui est du climat et de Manchester pour la forme. On pense aussi parfois au rock gothique. Mais ce qui marque le plus c’est la qualité de leurs compositions qui mélangent tout cela avec un pur son, des drums impeccable et un chant qui tient la comparaison avec les british de premier plan. Des confrères ont parlé à leur sujet de produit fini, ce qui nous saemble juste. Ce qu’ils nous donnent à entendre sur scène ou sur album est abouti et sans défauts dans la réalisation. Comment ne pas penser à The Cure en les entendant ? Cela vient des lignes de basse et de leur son cathédrale. C’est d’ailleurs le bassiste du groupe, Aurélien Jobard, qui a mixé leur album qui est disponible sur le net. Pour ce qui est du côté visuel ils sont assez statiques et peu sexy, et leur batteur impose le respect avec sa barbe et son exécution impeccable. Mais musicalement on ne rigole plus. Paris relève la tête.

Alt j – the Dream

Le groupe Alt-J a dans notre pays une notoriété exceptionnelle pour un groupe indépendant. Ce n’est cependant pas la tête de file de quoi que ce soit, car leur musique si particulière leur est propre. Vous me direz que c’est vrai pour tout artiste indé. Alors est-ce que c’est parce que nous les avons entendus souvent sur une radio parisienne, ce qui est rare, que nous les trouvons spéciaux ? Pas uniquement, comme nous allons essayer de vous le faire partager.

Comment décrire la musique de ce cinquième album d’Alt-J ? Point de guitares rageuses ni de batterie martiale chez eux, c’est sûr, même si les drums de cette réalisation ont un son puissant, contrairement à leurs albums précédents. Meilleure production me direz-vous. C’est arrondi et sans rien qui agresse, et n’offre jamais de débordements d’énergie. Rien de changé donc. On ne trouve pas non plus les sons décalés de leur précédent album Relaxer . C’est très soft comme toujours avec Alt-J et leur principal argument, nous insistons ce sont les vocaux qui sont d’une grande beauté. Ce qui leur est propre depuis  An Awesome Wave, leur premier album de 2012, c’est pareil depuis leurs débuts, si ce n’est qu’ils sont moins spontanés et plus travaillés. Cette beauté des vocaux fait partie de leur marque de fabrique, sans le côté un peu foutraque des albums précédents qui a disparu au profit d’une plus grande maîtrise.

Ces vocaux ne sont pas loin de ceux qu’on peut trouver dans la musique folk, à ceci près qu’ils sont accompagnés de claviers doux et autres sons électroniques, même si la guitare n’est pas absente. En tout cas elle n’est pas omniprésente comme sur leur premier opus, ce sont les vocaux qui sont là en permanence. Cette livraison est un album de pop recherchée sans pour autant verser dans les grosses évidences. Ces vocaux sont aussi portés vers l’émotion, même quand un refrain plus formel surgit. A certains moments, et c’est nouveau, c’est au blues que l’on pense, et plus au folk, mais de manière discrète et fugitive. Ne vous attendez pas à un album d’Éric Clapton lorsque nous disons cela. Non, Alt-j en est bien loin, ce sont seulement des traces de blues que l’on trouve dans leurs chansons, ne nous méprenons pas. Et Le chant d’Alt-J vous susurre à l’oreille comme d’habitude.

Ce n’est pas avec la première track de l’album que vous entrerez dans celui-ci. Il vous faudra attendre la deuxième, qui porte le nom d’ « U&ME » et que vous risquez d’entendre sur une radio ou dans une playlist. C’est clair que c’est une chanson qui fait montre d’évidence, et qui est terriblement efficace. Nous l’avions entendue avant de posséder The Dream en CD (oui, notre chroniqueur n’est pas revenu au vinyle !). Le titre qui vient en 3è, « Hard Drive Gold », est lui aussi une track efficace, plus rythmée et dynamique que la précédente, mais tout aussi capable de sortir cet album de chez les spécialistes de l’indé dont Indiepoprock fait partie.

Alors les titres qui viennent après ne sont pas moins bons, ils sont moins faciles, comme ce « Happier When You’re Gone » dont la partie instrumentale est très belle. Néanmoins, le 4è titre, « The Actor », est lui aussi catchy. Nous parlions plus haut de traces de blues, c’est très clair sur ce morceau où la guitare est bien présente.

Le 5è titre est moins facile : rupture d’atmosphère, on est au coin du feu, mais ce n’est pas un problème, on écoutera attentivement les paroles qui s’avancent sur une simple guitare acoustique, et du piano à la fin de cette chanson. Il nous amène habillement au suivant, qui relève carrément de la techno tant par ses sonorités électroniques que par sa construction. Pourtant cela passe très bien et l’enchaînement des chansons qui composent cet album est habile. On est loin de la simple collection de rock songs.

Alors avec le huitième titre, « Philadelphia », on entre dans le sublime arrangé avec des cordes. C’est l’un des grands moments de ce disque. Rare sont les artistes qui réussissent cet exercice, et encore une fois ce sont des britanniques qui nous offrent ce cadeau.

« Walk A Mile », le 9è track, revient au style du début du disque. Nous parlions de vocaux formels et de guitare bluesy, c’est ici que c’est manifeste. Ce n’est pas pour nous déplaire, ce titre est de la pop de grande classe, raffinée, qui passe très bien lorsque l’on a accepté cette proposition artistique. C’est sûr que quelqu’un qui cherche du punk sera déconcerté tellement c’est autre chose !

« Losing My Mind » est un track assez étrange, très froid, où le chanteur répète qu’il perd l’esprit. Ce sont surtout les vocaux traités avec des effets et le son de la drum qui rendent ce morceau étrange plus que le texte. Le mixage est très différent de celui du reste de l’album. Néanmoins cela nous accroche bien.

L’album se termine, par un beau chant, plein d’âme, avec piano et guitare, et une batterie discrète, qui nous dit d’aller au lit car le soir est venu.

Pour résumer nous dirons que c’est un bel album de pop, varié et avec des temps forts, mais toujours de qualité, qui montre qu’ils ont progressé et gagnés en sérénité.

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Miles Kane – Change The Show

L’élégant rocker britannique Miles Kane est toujours dans la course et le revoici en ce début d’année avec un quatrième album.

Le précédent album de l’artiste britannique était sorti en 2018, était bien pêchu, dans le style de Miles qui a sa patte de compositeur et de guitariste, avec un son personnel largement inspiré des années 60. Celui-ci est moins brut, plus sophistiqué, ce n’est plus l’uppercut à l’estomac mais la séduction. Sur la pochette, Miles Kane pose en costume noir traditionnel. Il fait apparaître au grand jour son goût pour le rythm ‘n’blues et la soul qui était là dans ses compositions mais pas de manière aussi évidente.

Ces dernières années il a beaucoup été question de son side-project avec Alex Turner, The Last Shadow Pupets mais l’artiste du Mersey Side n’a pas abandonné sa carrière solo. Cela aurait été dommage car Miles Kane fait du rock avec une classe certaine.

Alors vous serez peut-être déconcerté par cette baisse d’agressivité si vous êtes fan de cet artiste. Mais il faut écouter ce disque plusieurs fois pour en apprécier la sève.

Dès le début, on retrouve le Miles Kane que l’on connait avec l’une de ces belles chansons dont il a le secret, Tears Are Falling. Il a gardé son style de compositions et de chansons, de même que le son de guitare qui n’appartient qu’à lui. C’est toujours la même musique, mais arrangée différemment, moins martelée et plus stylée. Il se risque à des audaces comme sur Don ’t Let It Get You Down, plus complexe et plus groovy que ce à quoi il nous avait habitués, qui démarre sur des percussions avant d’entrer dans le vif du sujet. Il prépare l’auditeur à la suite, qui est un duo soul avec la chanteuse Corinne Bailey Rae.

Avec See Ya When I See Ya, Miles s’attaque frontalement au rhythm’n’blues avec naturel et verve.

La suite est dans cette veine, et il est manifeste que cet album est le résultat d’un gros travail. Le morceau Tell Me What you’re feeling se fend de cuivres, de chœurs et d’un solo de guitare blues.

Nous avons droit à nouveau à une belle chanson dont il a secret et qui manifeste un goût pour le rétro, Coming Of Age. Cela continue avec le morceau qui donne son titre à l’album, Constantly, et sa guitare d’un autre âge. Cela va ravir ceux qui connaissent les musiques du début des années soixante, dans la phase qui a suivi le boom du rock’n’roll originel.

L’album se termine par deux titres plus dans les habitudes de notre Miles, plus percutants. Il ne s’est pas métamorphosé comme l’on fait les Arctic Monkeys mais a donné une nouvelle couleur à ses chansons sans trahir ni ses influences ni sa manière qui lui est propre.

C’est un bon album, que l’on peut écouter en entier ou en piochant pour prendre ses titres préférés. Il nous rassure sur la santé de la musique britannique qui tient avec Miles Kane l’une de ses figures de proue.

Dry Cleaning – New long Leg

Après une série de singles, voici le premier album du groupe britannique Dry Cleaning qui s’est formé en 2018 et est donc complètement actuel. C’est une découverte qui nous redonne confiance en l’avenir.

Avant de vous parler de ce groupe et de leur album, nous allons émettre un avertissement histoire de vous situer cet objet sonore. Oui, objet sonore, car c’est un album arty, ce qui n’est pas un problème pour nous, si cela sonne bien. Et cela sonne très bien, nous avons eu plaisir à l’écouter d’un bout à l’autre même si c’est du rock intellectuel et non conventionnel. D’abord le son qui surprend, on se demande si cela n’a pas été enregistré dans leur logement sur du matériel de particulier. Ce que nous voulons dire, c’est que cela ne sonne pas comme un album enregistré en studio avec un producteur, ce qui est pourtant le cas. Le producteur s’appelle John Parrish et le label 4AD. Et un deuxième point, et qui n’est pas anecdotique, c’est que c’est du spoken word : personne ne chante, une femme récite un texte. Sur le papier cela pourrait paraître pénible, mais en fait cela le fait et on se prend au jeu de l’écouter nous parler à l’oreille sur un tapis musical de bon aloi. Et ce n’est pas lassant. On voit plus souvent ce genre d’expérience musicale du côté de New York que de l’Angleterre, où ils vivent et créent.

Car la Grande-Bretagne ne nous proposait plus depuis longtemps des choses aussi audacieuses, à la limite du bizarre, et c’est en cela que l’on peut les rattacher au post-punk. Mais c’est plus que du post-punk, c’est plus original qu’une musique de genre, et cela tient compte de musiques qui n’existaient pas dans les années 80. Le guitariste Tom Dowse, qui est à l’origine de ce projet, sait faire autre chose et connait manifestement le gros rock. Ce qui a choqué notre chroniqueur au premier abord mais qui passe très bien en fait.  Oui, c’est le groupe d’un guitariste, qui a su convaincre l’élève d’une école d’art Florence Shaw de les rejoindre pour poser sa voix. Elle a refusé de chanter, préférant dire des textes sur la musique. Il y a aussi dans cette formation une batterie, par moment doublée d’une boîte à rythmes, et une basse qui joue des parties simples mais avec un son terrible.

Cet album qui comporte 10 titres est en fait super agréable à écouter, malgré l’aridité de la démarche. Les guitares sont très belles, enfin cela nous a bien plu. Nous espérons qu’il en sera de même pour vous. Ce n’est jamais de la musique ultra-speed, et elle se déroule sans que l’on vole le temps passer. Allez, on le remet dans le lecteur cd !

My Bloody Valentine ep’s 1988-1991

My Bloody Valentine, traduit en français par “Meurtres à la Saint-Valentin”, est un film d’horreur canadien de George Milhalka sorti en 1981 qui se déroule dans un petit village de Nouvelle Ecosse. C’est aussi le nom d’un groupe de rock indépendant des années 80 classé dans le genre Shoegaze, qui a emprunté son nom au film. Une compilation de certains de leurs titres vient de sortir.

Le groupe, irlandais et non anglais, a débuté en 1983 pour se séparer en 1997 et n’a jamais connu de succès commercial. Il est resté confidentiel dans notre pays, ce qui parait dingue car cette réédition en double album de leurs singles de la période 1988-1991 nous dévoile un groupe majeur à la forte personnalité musicale, intéressant au même titre que les américains de Sonic Youth.
Si l’on parle de My Bloody Valentine aujourd’hui, c’est qu’en novembre 2007 ils ont décidé de faire leur retour. En France nous avons eu droit à un concert retransmis sur France Inter et à cette réédition de singles de leur période musicale significative que nous venons de trouver dans les nouveautés de notre magasin de disque habituel. Alors qu’en fait, cette compilation de singles est annoncée et sous ce nom par le groupe depuis 2012. Mais ce n’est que maintenant qu’elle apparait dans les bacs. Elle est constituée d’un premier CD de 13 titres et d’un deuxième de 11 titres. Elle accompagne la réédition de leurs albums par le label Domino Records.

Et bien que nous dit-elle ? Que c’est l’une des meilleures choses que nous ayons entendu durant cette année 2021 ! Comme Sonic Youth d’une autre manière, c’est-à-dire avec une autre manière de jouer de la guitare, ils poussent plus loin et intelligemment les éléments de base du rock tel qu’il se présente après la période punk britannique de la fin des années 70. A l’écoute de leurs morceaux, on ne se dit jamais « ouais, c’est bateau ». Ils font quelque chose de personnel, et, ne nous le cachons pas, d’expérimental et travaillé, à partir de ce que font tous les groupes de rock. Et cependant, malgré ce côté expérimental, leurs titres sont pop et agréables. C’est innovateur sans être sombre et torturé. Cela tient au chant de Kevin Shields et Bilinda Butcher qui est toujours mélodique alors que les guitares sont franchement bizarres et bruitistes. Le son de ces rééditions est fabuleux, tous les instruments sont à leur avantage et il n’y en a pas un qui soit masqué dans l’ensemble.
Nous connaissions et apprécions ce groupe, mais pas la totalité de leur discographie, reconnaissons-le, et ce double album est un régal et les place au panthéon des groupes de rock. Ce qui n’est pas évident, car nous avons en 2021 un recul et un esprit critique sur les 40 dernières années de musique. Nous arrivons à écouter My Bloody Valentine alors que nous ne parvenons plus à apprécier que deux ou 3 morceaux d’artistes qui ont été reconnus du temps où ils étaient en activité, et que nous avons aimés mais qui aujourd’hui nous laissent sur notre faim. C’est subjectifs, c’est sûr, mais nous ne sommes plus des fans adolescents et ne cherchons pas à indiepoprock à paraître hip avec la dernière sensation rock dont tout le monde parle. Si My Bloody Valentine fait l’actualité, c’est fondé et leurs disques sont là pour le prouver.

François Atlas – Banane Bleue

François Marry et Ses Atlas Mountains de retour pour un nouvel album sur Domino.

Même si cet album est attribué à un nom collectif, il a été réalisé sans les musiciens habituels de François Marry. En rupture avec les précédents, il est minimal et sobre, et en même temps très rafraichissant. Il nous propose dix titres de pop sympathique chantés le plus souvent en français, avec la manière  personnelle de François. Les titres les plus marquants sont réalisés avec un petit nombre d’instruments et et ouvrent une voie intéressante à emprunter par les artistes pop. L’album a été enregistré entre Athènes, Berlin et Nogent-sur-Marne par François et le producteur Jaakko Eino Kalevi qui a été choisi par l’artiste pour son travail artistique sur ses propres disques.

Il ne démarre vraiment qu’à la deuxième chanson du disque, Coucou, une ballade calme qui évoque des paysages tropicaux et une relation féminine. Avec le troisième morceau, Julie, on reconnait la manière habituelle de l’artiste et il comblera ceux qui l’appréciaient avant cet album. Une voix féminine ponctue agréablement le texte et prépare au refrain accrocheur de cette chanson efficace. Par le Passé est une intéressante œuvre, car cette chanson se développe sur des arpèges de piano atmosphériques qui lui donnent un côté original. Holly Go Lightly, le cinquième titre, est une friandise naïve en anglais, qui entre dans la tête. Lee Ann et Lucy, pour sa part, très pop française actuelle, passerait très bien sur une radio de musique sérieuse loin des insolences du rap et du rock.

Tourne Autour porte l’empreinte d’une légèreté efficace et accrocheuse. Pourtant son instrumentation est minimale : boîte à rythme, synthé et le chant. Il en est de même pour la suivante, Revu, au texte très fort. En dépit des sonorités électroniques, le titre entre clairement dans la catégorie chanson française de qualité. Ces titres à la boîte à rythme accompagnée d’un synthétiseur sont d’ailleurs les plus plaisants de l’album. Ce sont par contre des instruments réels aux timbres agréables qui construisent la chanson mélancolique qu’est Gold and Lips. Elle se termine par un joli son de clavier vintage qui vient se poser sur la guitare qui fait la base de ce titre. Une réussite. L’ultime chanson, Dans un taxi, voit le retour des sonorités électroniques, en plus prononcé. Ce morceau est tout simplement magnifique et est un grand moment de pop électro. Entre chanson et pop, François And The Atlas Mountains ne choisit pas, et c’est tant mieux. C’est un disque agréable à écouter, au sens noble du terme, qui contient deux titres évidents et des morceaux auxquels on revient pour mieux les découvrir. Réalisé avec moins de moyens que le précédent, il est cependant l’un des disques francophones importants de l’année.